Horloge : il est l'heure de faire sauter la ville sur ses pieds engourdis et bondir de ses cordes entre les cuves d'acier, la fuite dans les vidées, l'heure de faire frire son coeur dans une grande poêle et de le déguster, à point, accompagné d'une sauce à la menthe piquante, l'heure de la faire plier bagage entre quarte planches de bois, à l'anse d'une valise trop courte à porter sous tes yeux que j'embrasse à l'heure de tourner ses verrous à tous les coins du globe pour retenir son duvet à plumes de corbeau tendu dessous nos têtes, l'heure de la concasser, de la réduire en poudre, d'en charger un canon et déclarer la guerre, l'heure de vendanger ses grappes de ruelles en pagaille et de gaver de leur jus un grosse barrique en attendant l'ivresse ou le vinaigre, l'heure de chambouler ses pavés à grands coups de talons pour découvrir, à vif, la fine pellicule du temps qui s'est amoncelé, l'heure d'interpeller son étincelle aux fenêtres réfractaires pour qu'elle infuse son arôme dans le recoin escarpé de nos chambres à hennir, l'heure d'investir ses membres égarés et d'infiltrer son repos par tous les portiques et les yeux pour suivre à traces de mille-pattes ses chiffres qui se suivent en portant l'innocence, l'heure de l'acheminer par tout moyen imaginable pour la traîner jusqu'au pied du clocher et lui montrer qu'il est l'heure.